GLP-1 : l’injection ou l’injonction

par | 2/11/2026 | Alimentation, Bien être, Hypnose | 0 commentaires

GLP-1 : l'injection ou l'injonction ?

Je croise de plus en plus de personnes qui me disent : « Bon, je vais prendre du GLP-1. Du Mounjaro, du Wegovy, ce type de produit. » Je ne les juge pas. Je ne suis pas médecin, je ne prescris rien, et je sais que nous n'avons pas tous la même constitution : on ne grossit pas tous pour les mêmes raisons, et on ne maigrit pas non plus pour les mêmes raisons. Mais une inquiétude me revient à chaque fois, et j'avais envie de l'écrire.

Ce que disent les études quand on arrête

Mon impression de terrain, c'était que quand on arrête, ça revient. J'ai voulu vérifier plutôt qu'affirmer. Voici ce que j'ai trouvé.

Dans l'extension de l'essai STEP 1, des personnes obèses, sans diabète, ont perdu en moyenne 17 % de leur poids en 68 semaines avec du sémaglutide (le Wegovy). Un an après l'arrêt du traitement, elles avaient repris environ les deux tiers de ce qu'elles avaient perdu. Les bénéfices sur la tension, le sucre et le cholestérol s'étaient en grande partie envolés avec les kilos.

Même chose avec le tirzépatide (le Mounjaro) dans l'essai SURMOUNT-4. Après 36 semaines de traitement, on a tiré au sort deux groupes : l'un continue, l'autre passe au placebo. Ceux qui continuent perdent encore 5,5 % en plus. Ceux qui arrêtent reprennent 14 %. Au bout du compte, 89,5 % de ceux qui continuent ont gardé au moins 80 % de leur perte, contre 16,6 % chez ceux qui ont arrêté.

Enfin, une méta-analyse publiée dans le BMJ en 2026 a rassemblé 37 études et plus de 9 000 personnes. Après l'arrêt d'un médicament de l'obésité, on reprend en moyenne 0,4 kg par mois, et environ 0,8 kg par mois avec les molécules récentes comme le sémaglutide et le tirzépatide. Plus vite qu'après l'arrêt d'un programme de changement de comportement. Projection des auteurs : retour au poids de départ en un an et demi à deux ans.

Deux précisions pour rester honnête. Premièrement, ce n'est pas qu'une affaire de personnes diabétiques : les deux essais que je cite ont été menés sur des personnes sans diabète. Deuxièmement, ce n'est pas tout noir. Dans SURMOUNT-4, le groupe qui a arrêté restait environ 10 % en dessous de son poids de départ. Et une étude de la Cleveland Clinic, en conditions réelles sur près de 8 000 personnes, montre qu'environ 45 % ont gardé leur poids un an après l'arrêt, notamment parce que beaucoup ont repris le traitement ou changé de stratégie. Reprendre du poids après l'arrêt d'un traitement efficace n'est pas un échec personnel. C'est ce qui arrive à presque tout le monde.

Un dernier chiffre qui compte : environ la moitié des personnes arrêtent leur GLP-1 dans l'année, et davantage encore chez celles qui n'ont pas de diabète. La question de ce qui se passe après l'arrêt n'a rien de théorique.

Ce que ces études ne disent pas

Aucune de ces études ne teste ce qui m'intéresse, moi. Dans STEP 1, le soutien au mode de vie s'arrêtait en même temps que le médicament. Les auteurs de SURMOUNT-4 reconnaissent eux-mêmes ne pas avoir évalué l'effet d'un accompagnement comportemental intensif. À ma connaissance, personne n'a mesuré ce qui se passe quand quelqu'un profite de l'effet du médicament pour changer réellement sa relation à la nourriture, avant d'arrêter. La question de mon métier n'a donc pas de réponse chiffrée. Elle est ouverte.

Manger moins, ce n'est pas manger mieux

Ce que je vois au cabinet, c'est ceci : des personnes qui ne changent rien à leurs habitudes. Elles mangent moins, parce que le produit leur coupe l'appétit, mais elles mangent mal exactement comme avant. Le burger, les frites, l'apéro avec les copains, en version réduite de moitié. Et ça, ce n'est pas neutre : on estime que jusqu'à un tiers du poids perdu avec ces traitements peut correspondre à de la masse maigre, qui n'est pas que du muscle, mais qui compte. L'ANSM a d'ailleurs signalé des risques de carences et de perte de masse musculaire. Perdre du poids en mangeant peu et mal, ce n'est pas la même chose que perdre du poids en mangeant mieux.

Et la chirurgie bariatrique ?

Je croise aussi, au cabinet, des personnes opérées d'une sleeve ou d'un autre montage, qui ont repris l'intégralité de leur poids. Avec, en prime, des complications : des aliments qui passent mal, des difficultés qui sont venues se greffer sur le reste. Quand je leur demande comment elles mangent, la réponse est presque toujours la même : pas grand-chose n'a changé.

Pour rester honnête, mon cabinet n'est pas un échantillon représentatif. Je vois ceux pour qui ça n'a pas tenu, pas ceux pour qui ça tient très bien. Les études de long terme racontent d'ailleurs une histoire nuancée. Dans une série israélienne de plus de 400 personnes suivies cinq ans après une sleeve, la perte d'excès de poids passait de 77 % à un an à 56 % à cinq ans, et plus d'un patient sur trois (38 %) était repassé sous la barre des 50 %, seuil que les chirurgiens considèrent comme un succès. À dix ans, la perte reste réelle mais très variable d'une personne à l'autre : environ la moitié de l'excès de poids perdu dans une série autrichienne, avec près d'un patient sur cinq réopéré pour perte de poids insuffisante ou reflux. Dans une série d'un seul centre, plus de huit patients sur dix n'atteignaient pas 50 % de perte d'excès de poids à dix ans. Et dans une autre série de dix ans, des reflux apparaissaient après coup chez 40 % des patients.

Ce que ces chiffres ne disent pas, c'est pourquoi ça tient chez les uns et pas chez les autres. Une étude tunisienne présentée en 2023 conclut que la perte de poids à dix ans varie énormément d'un individu à l'autre, et plaide pour un suivi psychologique et nutritionnel à long terme. C'est exactement ce que je constate : l'estomac a été réduit, les habitudes, elles, n'ont pas bougé.

Et la suite est tentante : « puisque j'ai tout repris, je vais voir mon médecin pour un GLP-1 ». Ce peut être la bonne décision. Mais si le travail sur les habitudes n'a pas été fait la première fois, on risque de rejouer la même scène avec un autre outil.

Le grand P et les petits p

Pourquoi cette fidélité aux mêmes habitudes ? Je crois qu'on a associé la nourriture au plaisir d'une manière très étroite. Il y a le Plaisir avec un grand P : le saucisson, les cacahuètes, le bon burger, l'apéritif. Et puis il y a tout le reste. Le steak avec une salade et un peu de féculent, le poisson blanc avec du riz et des courgettes. Là, plus de plaisir. Au mieux un petit p, tout petit.

Je ne dis pas qu'il faut manger du poisson bouilli et des légumes bouillis. Je ne dis pas ça du tout. Je dis que le grand P a fini par étouffer les autres. Et que le vrai travail, c'est de faire grandir les petits p jusqu'à ce qu'ils deviennent des plaisirs normaux, pas des consolations. Ça se travaille. Ça prend du temps. Ça ne s'injecte pas.

Le plaisir, c'est mon combat de toujours. C'est même comme ça que j'ai écrit mon livre, « Le voyage d'un gourmand apaisé » : le titre dit déjà que l'on peut aimer manger et être en paix avec la nourriture. Ma conviction, c'est qu'on ne rééquilibre pas durablement en supprimant le plaisir. On réussit en l'élargissant.

Le court terme contre le long terme

Je vois une bataille se dessiner. D'un côté, le court terme : dès les premières injections, ça marche. On maigrit, on garde ses copains, on garde son hamburger, même si on n'en mange que la moitié. De l'autre côté, le long terme : revenir à un rééquilibrage, à quelque chose de plus sain. Et ça, ça ressemble à une discipline. Pas forcément à la perte de ses amis, mais à de l'effort, c'est sûr.

Alors on choisit la facilité. Et c'est humain. On prend l'injection plutôt que l'injonction. L'injonction de changer, l'injonction d'arrêter le plaisir, comme si changer voulait dire se priver. Je crains que ces produits ne deviennent un peu de la fast-food médicale : on avale, le symptôme disparaît, comme avec un Doliprane pour un mal de tête. Sauf que l'obésité n'est pas un mal de tête.

Du bistouri à l'injection, bientôt au comprimé

Regardez la trajectoire. On est passé d'une chirurgie lourde, qui effraie beaucoup de gens, à l'injection hebdomadaire. Demain, ce sera sans doute un comprimé. Et pour ceux pour qui ce sera encore trop cher, des produits achetés sur Internet, avec tous les risques que cela comporte : les autorités sanitaires françaises signalent déjà du mésusage (l'utilisation d'un médicament en dehors de son cadre prévu : sans indication médicale, sans suivi ou à une dose non prescrite) et des effets indésirables graves hors indication.

À chaque étape, le geste devient plus simple, plus acceptable, plus rapide. Et à chaque étape, la partie la plus difficile reste au même endroit : dans l'assiette, dans les courses, dans la cuisine, dans les rituels du quotidien.

Ceux qui me répondront en colère

J'ai lu sur les réseaux sociaux des articles très bienveillants, qui disaient simplement : « oui, mais avec un suivi professionnel. » Les réactions étaient démesurées, parfois insultantes. « De quoi vous vous mêlez ? » Je sais que je risque le même flot. Je prends ce risque, mais je veux dire deux choses.

D'abord, à celles et ceux qui écrivent « j'ai fait tous les régimes, j'ai vu des médecins, des nutritionnistes, des diététiciens toute ma vie, je n'ai pas perdu un gramme, et là j'ai perdu 45 kilos et je me sens mieux » : je vous crois. Ce que vous avez vécu est réel, et je ne vous dis pas qu'il ne fallait pas le faire. L'obésité est une maladie chronique complexe, ce n'est pas un manque de volonté, et ces traitements sont une vraie avancée. Depuis le 15 juin 2026, ils sont d'ailleurs remboursés en France, mais pour les personnes les plus sévèrement touchées (IMC de 35 ou plus, après l'échec d'une prise en charge nutritionnelle bien conduite).

Ensuite, je ne suis pas contre le médicament. Je suis contre le médicament seul. Contre l'idée qu'on peut tout confier à la seringue et ne rien changer ailleurs. Les études que j'ai citées ne disent pas autre chose que ce que je dis.

Quatre piliers, pas un seul

Si vous prenez ou envisagez un GLP-1, ou si vous avez été opéré, je vois quatre piliers, et il les faut tous les quatre. Le suivi médical, à lui seul, ne suffit pas.

Le premier est médical. Le médecin prescrit, surveille, ajuste, et il fait son travail. Il pose aussi les contraintes de santé : maladies spécifiques, prédiabète, allergies, intolérances, carences à éviter. Moi, je ne suis pas médecin et je ne fais pas le sien.

Le deuxième est psychologique. En hypnose, mon travail consiste à aider les gens à retrouver des automatismes, des modes de fonctionnement pour lesquels ils sont compétents mais qui avaient disparu, et qu'on réactive.

Le troisième, qui peut se cumuler avec le premier, représente le suivi par un nutritionniste, car la courbe de perte de poids ne se mesure pas sur le court terme mais au contraire sur la durée.

Le quatrième, on n'y pense presque jamais : le concret de la cuisine. Combien de fois j'entends « moi, je ne sais pas cuisiner, je ne sais même pas faire une sauce tomate ». Ils savent. Seulement, le rayon des sauces toutes faites est plus rapide que la casserole. Et surtout, trouver l'idée, composer les menus chaque semaine, faire plaisir à toute la famille en respectant les consignes du médecin, c'est un vrai travail, sans doute le plus gros de tous. Des outils existent aujourd'hui pour aider là-dessus, et l'IA en fait partie : idées de menus, listes de courses, recettes adaptées aux contraintes de chacun.

Et pensez à l'arrêt du médicament dès le début, pas le jour où vous arrêtez. L'appétit est plus calme : c'est peut-être la meilleure fenêtre que vous aurez pour apprendre à manger autrement, protéger vos muscles et cultiver des plaisirs nouveaux qui ne s'appellent pas que « apéro ».

Il n'y a donc pas que l'hypnose, pas que le médecin, pas que le nutritionniste. Il y a le changement des habitudes sur le long terme, celui qui se construit avec les quatre piliers ensemble. C'est la bataille du court terme contre le long terme, de la facilité contre la complexité, du moins en apparence. Mon métier ne sera peut-être plus de convaincre les gens de changer, mais de les accompagner vers un vrai mieux-être alors que la solution rapide leur tend la main. C'est plus difficile. C'est aussi plus intéressant.

Au cabinet JL Hypnose à Mandelieu-la-Napoule, j'accompagne des personnes venant de Cannes, Le Cannet, La Bocca, Mougins, Grasse, Théoule-sur-Mer et Pégomas pour retrouver une relation apaisée avec l'alimentation.

Sources

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